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Acheter des abonnés est-il légal en France ?

Par Oliver Hayes · Mis à jour le · 8 min de lecture

Réponse courte : En France, aucun texte ne punit un particulier qui achète des abonnés, des « j’aime » ou des vues pour son compte personnel. C’est en revanche contraire aux règles des plateformes, qui peuvent retirer ces abonnés ou sanctionner le compte. Dès qu’un professionnel ou un influenceur s’appuie sur ces chiffres pour vendre, le droit de la consommation entre en jeu, avec une interdiction nette des faux avis.

Ce guide fait le point sur les règles en vigueur au 15 octobre 2026 pour les comptes personnels, les créateurs et les entreprises, avec un détour par la Belgique et la Suisse. Il s’agit d’informations générales, et non d’un conseil juridique : pour un contrat ou une campagne précise, adressez-vous à un avocat.

Acheter des abonnés, est-ce un délit en France ?

Non. Aucune loi française ne vise l’achat d’abonnés, de « j’aime » ou de vues pour un compte personnel. Personne n’est poursuivi parce que son compteur d’abonnés est plus élevé que ce que ses publications auraient obtenu seules.

Les règles sur les pratiques commerciales trompeuses, que contrôle la DGCCRF, visent les professionnels. La DGCCRF précise d’ailleurs que les messages trompeurs diffusés par des particuliers, par exemple dans de petites annonces, ne relèvent pas de ces textes. Pour un compte personnel, la vraie limite est donc le contrat que vous avez accepté en vous inscrivant sur la plateforme : c’est elle, et non la justice, qui décide des conséquences. Pour les risques concrets sur votre compte, consultez notre page acheter des abonnés est-il sans risque.

Que disent les conditions d’utilisation des plateformes ?

Les grandes plateformes considèrent toutes l’engagement artificiel comme une violation de leurs règles, avec des formulations différentes.

PlateformeCe que disent ses règlesConséquences possibles
InstagramLes applications tierces qui génèrent de faux « j’aime », abonnements et commentaires enfreignent ses règles de la communauté et ses conditions d’utilisation (annonce de novembre 2018)Activité non authentique supprimée ; expérience dégradée pour les comptes qui continuent
TikTokLe faux engagement est interdit, y compris la vente d’abonnés ou de « j’aime »Faux abonnés et faux « j’aime » bloqués ou retirés, en grande partie automatiquement
YouTubeLe règlement sur l’engagement artificiel interdit d’acheter des vues, des « j’aime », des commentaires ou des abonnés auprès de services tiersTrafic artificiel non comptabilisé ; contenu supprimé ; trois avertissements en 90 jours peuvent entraîner la clôture de la chaîne

YouTube ajoute un point important : si vous faites appel à un prestataire pour promouvoir votre chaîne, vous restez responsable des méthodes qu’il utilise.

Quand le droit de la consommation s’applique-t-il ?

Dès que vous agissez en tant que professionnel : une boutique, une marque, une agence, un créateur rémunéré. Un compte de loisir reste en dehors. Les professionnels établis à l’étranger peuvent aussi être concernés si leurs pratiques produisent leurs effets en France.

Les pratiques commerciales trompeuses

Le Code de la consommation (articles L121-2 et suivants) interdit les pratiques commerciales trompeuses. Il peut s’agir d’une action, c’est-à-dire d’éléments faux ou présentés de façon à tromper le consommateur moyen, ou d’une omission, lorsqu’une information substantielle est cachée ou donnée de façon ambiguë. Dans les deux cas, la pratique doit être de nature à pousser le consommateur à une décision qu’il n’aurait pas prise autrement.

Les fiches de la DGCCRF ne parlent pas expressément d’abonnés ou de « j’aime ». Un compteur d’abonnés n’est pas, à lui seul, une affirmation commerciale. Mais une entreprise qui met en avant des chiffres achetés pour convaincre ses clients, par exemple en se présentant comme « la boutique la plus suivie de la ville », prend le risque que cette présentation soit jugée trompeuse.

Les faux avis sont interdits en toutes circonstances

L’article L121-4 dresse une liste de pratiques réputées trompeuses en toutes circonstances. Depuis 2022, elle comprend notamment le fait de :

  • diffuser, ou faire diffuser par un tiers, de faux avis ou de fausses recommandations de consommateurs ;
  • modifier des avis existants pour promouvoir un produit ;
  • affirmer que des avis émanent de vrais clients sans avoir pris les mesures nécessaires pour le vérifier ;
  • se présenter faussement comme un consommateur.

C’est la limite la plus claire pour une entreprise. Des abonnés ne sont pas des avis, mais des commentaires achetés qui ressemblent à des témoignages de clients pourraient en être. Si vous commandez des commentaires pour un compte professionnel, assurez-vous qu’aucun ne puisse passer pour l’avis d’un client réel. La DGCCRF rappelle aussi que le fait d’apporter sciemment aide ou assistance est puni des mêmes peines.

Quelles sanctions pour un professionnel ?

Une pratique commerciale trompeuse est un délit puni de deux ans d’emprisonnement et de 300 000 € d’amende. L’amende peut être portée à 10 % du chiffre d’affaires annuel moyen ou à 50 % des dépenses engagées pour la pratique. La DGCCRF peut aussi enjoindre au professionnel de cesser la pratique, le cas échéant sous astreinte.

Et si vous êtes influenceur ?

Dès que vous êtes rémunéré, en argent ou en produits, pour promouvoir une marque, vous exercez une activité d’influence commerciale au sens de la loi du 9 juin 2023. Celle-ci ne vise pas l’achat d’abonnés en tant que tel, mais elle impose de signaler clairement les contenus commerciaux, et l’absence de cette mention constitue une pratique commerciale trompeuse. Le détail figure dans notre article sur la loi influenceurs.

Si vous transmettez des statistiques d’audience à une marque avant un partenariat, vérifiez ce que prévoit votre contrat, car des chiffres présentés comme organiques alors qu’ils ne le sont pas peuvent créer un litige. Enfin, les revenus et produits reçus sont imposables : voyez notre guide sur les impôts des influenceurs.

Qu’en est-il en Belgique et en Suisse ?

Belgique

Les pratiques commerciales déloyales envers les consommateurs sont réglées par le livre VI du Code de droit économique. La loi du 8 mai 2022, qui a transposé la directive européenne « Omnibus », a ajouté à la liste noire des pratiques trompeuses le fait de publier ou de faire publier de faux avis de consommateurs. Le SPF Economie rappelle aussi que la publicité doit toujours être identifiable sur les réseaux sociaux, et qu’un créateur qui publie régulièrement de la publicité est considéré comme une entreprise, inscrite à la Banque-Carrefour des Entreprises.

Suisse

En Suisse, c’est la loi fédérale contre la concurrence déloyale (LCD) qui protège la loyauté de la concurrence et la bonne foi dans les relations commerciales. Elle ne contient pas de règle propre aux abonnés achetés, mais une entreprise qui tromperait sa clientèle sur sa popularité pourrait s’exposer à une action civile ou pénale. Si vous visez aussi le Royaume-Uni, notre article en anglais sur le cadre juridique britannique détaille les règles locales.

Comment rester du bon côté de la ligne ?

  • Distinguez compte personnel et compte professionnel : les risques juridiques concernent surtout le second.
  • Ne transformez pas un chiffre en argument de vente : évitez les slogans du type « la marque la plus suivie » si votre audience n’est pas entièrement organique.
  • Bannissez tout ce qui ressemble à un avis : pas de commentaires rédigés comme des témoignages de clients sur un compte d’entreprise.
  • Signalez vos partenariats de façon claire dès qu’il y a une contrepartie.
  • Restez sur des volumes réalistes et une livraison progressive, et ne communiquez jamais votre mot de passe.

Les règles des plateformes n’autorisent pas l’engagement artificiel, et personne ne peut garantir une sécurité totale sur une plateforme qu’il ne contrôle pas. Si vous choisissez malgré tout un coup de pouce, retenez qu’un service sérieux n’a besoin que du lien public de votre profil : c’est le cas de StreamElevate, comme l’explique la page comment ça marche. Pour faire la différence entre une audience réelle et des comptes vides, lisez aussi notre comparatif vrais ou faux abonnés.

Questions fréquentes

Peut-on être condamné pour avoir acheté des « j’aime » sur un compte personnel ?

Non, aucun texte ne le prévoit pour un particulier. Le risque est contractuel : la plateforme peut supprimer les « j’aime » concernés, limiter votre compte ou, en cas d’abus répétés, le fermer.

Une entreprise a-t-elle le droit d’acheter des abonnés pour sa page ?

L’achat lui-même n’est pas interdit par la loi, mais il enfreint les règles des plateformes. Le problème juridique apparaît si l’entreprise utilise ces chiffres pour tromper ses clients, ou si elle publie de faux avis ou de faux témoignages.

Acheter des commentaires revient-il à acheter de faux avis ?

Pas forcément. Un commentaire neutre n’est pas un avis de consommateur. En revanche, un commentaire qui se présente comme le retour d’un client ayant acheté le produit peut tomber sous l’interdiction des faux avis, surtout sur un compte professionnel.

Qui contrôle ces pratiques en France ?

La DGCCRF, qui peut enquêter, adresser des avertissements, prononcer des injonctions de mise en conformité et donner des suites pénales aux dossiers les plus graves. Les consommateurs peuvent signaler une pratique douteuse sur la plateforme SignalConso.

Sources : DGCCRF – Pratiques commerciales trompeuses, DGCCRF – Faux avis en ligne, SPF Economie – Créateurs de contenu et publicité, YouTube – Règlement sur l’engagement artificiel

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